Sommaire

    3 questions à Denis Lepicier, chercheur à l’INRAE

    A travers une nouvelle étude terrain, Commerce Equitable France se penche sur la question de la relocalisation et la transition de nos systèmes agricoles et alimentaires.

     

    Pilotée conjointement avec le réseau des CIVAM, les CUMA et Commerce Equitable France, l’étude s’intéresse aux filières alimentaires territoriales françaises, vectrices de pratiques agricoles agroécologiques, dont un des piliers est l’équité des relations commerciales.

     

    Pour en savoir plus sur ces innovations à l’échelle des territoires, Denis Lépicier, chercheur à l’INRAE et administrateur du réseau CIVAM, répond à nos questions. 

    Denis Lépicier, chercheur INRAE

     

    Question 1

    S’ il y a un consensus de plus en plus important autour de la relocalisation de nos modes de production agricoles, quels sont concrètement les leviers d’action au niveau des territoires ? Qui sont les acteurs concernés ?

     

    La relocalisation de la production agricole prend son sens lorsqu’elle est associée à une réflexion globale sur l’alimentation à l’échelle des territoires. Si il n’est pas question de viser l’autarcie alimentaire, de grandes marges de progression existent pour réorganiser à l’échelle des bassins de vie les flux entre production, transformateurs, distributeurs jusqu’aux consommateurs sur de nombreux produits (céréales, protéines, viandes, produits laitiers, boissons, et bien d’autres). Les circuits courts de vente directe l’on montré depuis de nombreuses années.

     

    Aujourd’hui l’accroissement de la demande, notamment dans la restauration collective (boosté par les obligations de la loi Egalim) conduit à repenser des filières à l’échelle des territoires voire de bassins plus larges (départementaux, voire régionaux) pour permettre à la production locale d’être transformée et consommée localement. Si les coopératives ou la GMS on bien compris ces évolutions, la grande majorité de ces initiatives est portée par des paysan.e.s ou collectifs de paysan.e.s (CUMA, GIEE,…), des transformateurs locaux (abattoirs locaux, meuniers, brasseurs,…) ou de consommateurs animés par la volonté de recréer le lien entre paysans et habitants par une alimentation de qualité.

     

    Le repérage et le soutien des acteurs clés de ces initiatives est un levier important de l’émergence de ces initiatives dans lesquelles les collectivités locales jouent très souvent un rôle, pouvant aller de la mise à disposition d’un terrain ou local, jusqu’au portage de filière d’approvisionnement de la restauration collective.

     

    Question 2 

    En quoi ces démarches de relocalisation peuvent-elles également apporter des réponses pertinentes aux défis sociaux et environnementaux de nos systèmes agricoles et alimentaires  ?

     

    Les nombreuses observations et analyses de ces initiatives montrent que ce ne sont pas les motivations environnementales et sociales qui viennent en premier, mais plutôt des objectifs économiques d’amélioration de la valorisation des produits locaux. Beaucoup de ces initiatives s’inscrivent toutefois dans des démarches de qualité des produits avec des exigences environnementales plus ou moins affirmées et  ou l’AB est bien présente. La proximité entre les acteurs de ces filières favorise la convergence de ces objectifs environnementaux avec d’autres plus sociaux (telle que l’équité dans les échanges) ou territoriaux (vitalité locale). Ces finalités tournée vers la qualité favorisent les trajectoires vers plus d’agroécologie dans les fermes. 

     

    Question 3

    Est-il possible d’accompagner le changement d’échelle de ses initiatives ? Comment ?

     

    Comme toutes actions territoriales, les démarches de relocalisation de la production et de l’alimentation sont le fait de porteurs d’initiatives, de rencontres entre paysans, transformateurs, distributeurs, collectivités locales. Il n’y a pas de modèles réplicables partout, mais des initiatives sources d’inspiration, des étapes, des points de passage récurrents qui nécessitent de l’accompagnement pour faire passer avec méthode du stade de l’idée à une filière locale stabilisée.

     

    Le changement d’échelle ne pourra probablement pas se faire sans les acteurs des filières « conventionnelles » par qui continue de transiter une part plus ou moins importante des produits des paysans engagés dans des filières locales. Les tensions actuelles sur les marchés agricoles montrent que les filières locales sont fragiles, mais parions sur le fait que  l’agriculture paysanne montrera sa capacité à faire face aux enjeux climatiques en répondant aux attentes sociétales en termes d’alimentation, de santé et de vitalité des territoires.