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    3 questions à José Tissier, nouveau président de Commerce Équitable France

    05 octobre 2020

     

    José Tissier est ingénieur agronome et agroéconomiste. Mercredi 16 septembre 2020, le Conseil d’administration de Commerce Équitable France, l’a élu à la présidence du réseau national des acteurs français de commerce équitable. Il succède à Marc Dufumier, après son septième et dernier mandat. Portrait en 3 questions : 

     

     

    Quelles sont les raisons de votre engagement au sein de Commerce Équitable France ?

     

    Il existe dans le cerveau humain une zone bien identifiée, le cortex cingulaire antérieur, qui pousse tout un chacun à donner du sens à son existence dans sa relation au monde et aux autres. Mes engagements associatifs actuels, comme pour tant de gens aujourd’hui en France, participent certainement de cela !

    La question sociale m’a toujours intéressé et je me suis engagé dans des mouvements de type syndical ou associatif (mouvement d’éducation populaire) qui, au-delà de leur fonction première,  établissaient des passerelles entre les questions sociales et économiques, les questions de formation et les questions culturelles.

    Ayant consacré ma vie professionnelle aux questions de développement agricole et rural et aux questions environnementales associées, interrompre brutalement à la retraite toute activité intellectuelle ou sociale sur ces questions m’est vite apparu compliqué… La question sociale m’a toujours intéressé et je me suis engagé dans des mouvements de type syndical ou associatif (mouvement d’éducation populaire) qui, au-delà de leur fonction première, établissaient des passerelles entre les questions sociales et économiques, les questions de formation et les questions culturelles.

     

    Parallèlement, dans la foulée des interrogations post-68, je fais partie d’une génération d’agronomes, qui a été marquée par la lecture du rapport Meadows, qui montrait les limites de notre modèle économique en pleine croissance, et par la lecture des premiers écrits de l’écologie politique.

     

    Le commerce équitable m’est longtemps apparu comme visant à l’établissement de relations plus justes entre nos sociétés du Nord et ce que l’on appelait encore les Pays en Voie de Développement. Son objet principal étant le commerce international, le mouvement visait la création de filières équitables bien identifiées, au sein desquelles la question de la création de la richesse était posée de façon à en assurer une répartition plus équitable entre les acteurs, au départ les producteurs du Sud et les entreprises et consommateurs du Nord. Pour ce faire, un appui à la structuration des producteurs était prévu, de façon à leur permettre de peser de plus en plus dans les décisions les concernant, ainsi qu’un travail de sensibilisation et éducation en direction des consommateurs.

     

    J’ai compris que ces dernières années, le commerce équitable avait largement intégré dans ses objectifs non seulement le changement des modes de consommation mais également celui des modes de production et qu’il constituait même à cet égard un moteur de la transition vers des systèmes de production moins carbonés et plus durables (agriculture biologique), n’hésitant pas – même si cela est encore timide – à se poser la question de la localisation de la production et celle de  la transformation des produits primaires.

    J’ai compris que ces dernières années, le commerce équitable avait largement intégré dans ses objectifs non seulement le changement des modes de consommation mais également celui des modes de production et qu’il constituait même à cet égard un moteur de la transition vers des systèmes de production moins carbonés et plus durables.

    Quand Marc [Dufumier, ndlr] est venu tester mon appétence pour m’impliquer dans le collectif Commerce Équitable France, j’ai été donc assez naturellement intéressé par cette démarche d’économie sociale et solidaire qui vise à intégrer l’ensemble des problématiques sociales (y inclus la question du genre) et environnementales (y inclus les questions du climat et de la biodiversité).

     

    Enfin, j’ai vu rapidement que s’engager au sein du collectif Commerce Équitable France revenait à travailler aux côtés d’une équipe chaleureuse et dynamique, qui vise à maintenir ouvert et efficace  un lieu unique de débat et de mutualisation d’actions par et pour les acteurs du commerce équitable en France. Je pourrai ainsi me relier socialement avec de belles personnes d’origines et de structures diverses œuvrant sur la scène internationale et participer à des réflexions stimulantes dans des domaines ou sur des terrains dans lesquels je puis valoriser mes compétences et mon expérience.

     

    Je tiens d’ailleurs, pour toutes ces raisons, à remercier les différents membres du Conseil d’Administration, qui m’ont manifesté leur confiance le 16 septembre 2020, ainsi que l’équipe salariée et naturellement Marc Dufumier, qui ont commencé à m’alphabétiser avec bienveillance. 

     

     

    En quoi le commerce équitable apporte selon vous sa contribution au « monde d’après » ?

     

    L’expression du « monde d’après » peut porter à confusion (après quoi ?) et réactiver l’idée du « grand soir » libérateur, qui n’a peut-être pas été aussi féconde qu’espérée… S’il voit le jour, le « monde d’après » est un monde meilleur, pour nous « frères humains »  et d’une façon générale pour l’ensemble du monde vivant. Le « monde d’après » aura dû relever les défis multiples et complexes qui s’offrent à nous, écologiques (dans leur double dimension climatique et de biodiversité), sociaux, économiques et en définitive politiques… La crise de la démocratie n’est d’ailleurs sans doute pas la moins inquiétante, puisqu’elle conditionne notre capacité collective à nous attaquer efficacement aux autres défis, quand la justice sociale – en sus de constituer l’une des finalités intrinsèques du « monde d’après » – constitue dès aujourd’hui une condition de l’acceptation par les populations des politiques publiques à mettre en œuvre.

     

    D’une certaine façon, le « monde d’après » c’est déjà aujourd’hui et le commerce équitable fait sa part !

    D’une certaine façon, le « monde d’après » c’est déjà aujourd’hui et le commerce équitable fait sa part ! Le commerce équitable, à l’instar des premières coopératives ouvrières du début du XIXème siècle – dont les organisateurs cherchaient à faire vivre tout de suite et ici de nouveaux modes d’organisation de la production et de la consommation pour élever la condition et la dignité des travailleurs(ses) de leur temps, tout en réfléchissant à un monde meilleur et aux chemins politiques pour y accéder  – est à la fois ancré dans la réalité concrète d’aujourd’hui tout en posant les jalons du « monde d’après ».

     

    Le commerce équitable essaye en effet de faire vivre aujourd’hui de façon pérenne des filières économiques soucieuses de la vie de chacun des acteurs (producteur·rice·s notamment agricoles, mais aussi de plus en plus de travailleur·euse·s dans la transformation, le transport, la distribution, qui constituent une grande partie des « premiers de corvée »). Des millions de personnes en bénéficient de par le monde et ce n’est pas rien, même si les effets et impacts sur la situation des ménages concernés sont parfois limités par les contraintes fondamentales du commerce international dont le commerce équitable ne peut que partiellement s’extraire.

    Le commerce équitable contribue à rendre visible et désirable certains aspects du « monde d’après », à en raconter la naissance et donc à la rendre possible, tant il est vrai que nous avons besoin, à côté des faits et des éléments de preuve chiffrés, d’une histoire dont nous puissions nous emparer.

    Ce faisant, le commerce équitable contribue à rendre visible et désirable certains aspects du « monde d’après », à en raconter la naissance et donc à la rendre possible, tant il est vrai que nous avons besoin, à côté des faits et des éléments de preuve chiffrés, d’une histoire dont nous puissions nous emparer. Et il préfigure, au moins partiellement, ce monde meilleur, plus juste et durable, qu’il nous faut conquérir démocratiquement. Un monde où le plaisir unique de sentir un carré de chocolat fondre sous le palais ou de humer l’odeur du café le matin ne se paye pas du travail des enfants ou de la dégradation des conditions de vie des ruraux.

     

    « Le courage de la nuance », pour reprendre une expression du journal Le Monde, qu’impose l’ancrage dans le réel, mais qui n’interdit pas – tout au contraire – la radicalité de ceux qui refusent que ce soit toujours les mêmes  petit·e·s productrices et producteurs qui constituent la variable d’ajustement de notre économie internationalisée, une radicalité qui n’est pas tant une posture systématique qu’un positionnement né d’un long cheminement rationnel.

     

    Le commerce équitable, comme l’oiseau de René Char, « Au plus fort de l’orage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. C’est l’oiseau inconnu. Il chante avant de s’envoler. » »

     

    Au plus fort de l’orage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. C’est l’oiseau inconnu. Il chante avant de s’envoler.

    René Char

     

    Y-a-t-il un moment charnière de votre parcours que vous souhaitez partager avec nous ?

     

    Mon parcours professionnel s’est déroulé dans le seul champ du développement agricole, rural et environnemental. Et s’il a connu quelques infléchissements, il comporte grossièrement deux séquences à peu près équilibrées dans le temps.

     

    Une première séquence, principalement en Corrèze, terre de résistance et de solidarité, m’a permis de connaître et d’apprécier une société encore très rurale et d’y trouver rapidement une place dans un réseau dense de proximité à travers mes activités professionnelles entre le plateau des Millevaches et le Bassin de Brive, mais aussi via des engagements de type syndical et associatif et une vie sociale très chaleureuse.

     

    Mais, né en Bretagne, l’appel du large m’a rattrapé et projeté dans une seconde séquence, plus « offshore » comme on dit, mais qui m’a ouvert sur d’autres continents (Afrique, Océanie, Asie) d’autres horizons humains, si lointains et si proches et en définitive si complémentaires…

     

    Entre voyage dans mon jardin ou voyage au long cours, le balancement du pendule m’a procuré des bonheurs profonds, qui m’ont alimenté et m’alimentent encore aujourd’hui…

     

    Je dois dire que ce changement de cap n’aurait sans doute pas été possible si je n’avais pas croisé Marc [Dufumier, ndlr] sur mon chemin, qui m’ a proposé de revenir – après une quinzaine d’années de vie active – sur les bancs de l’école pour donner une meilleure cohérence à ce que j’avais vécu jusqu’alors et me donner de nouveaux outils et repères pour les tempêtes à venir. (Je salue notamment l’enseignement stimulant de Marcel Mazoyer qui, avec René Dumont, a posé les fondements de l’agriculture comparée au croisement des sciences agronomiques et des sciences sociales).

     

    Deux séquences distinctes, tant sur le plan géographique qu’institutionnel, mais toutes deux dédiées au développement humain avec en fil conducteur le goût des enquêtes de terrain et de l’écoute des actrices et acteurs, préalables indispensables à la compréhension du monde puis à l’action…

     

     

     

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