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    Femmes et agriculture : le commerce équitable au service de l’égalité

    Partout dans le monde, les femmes sont au cœur de l’agriculture et de l’alimentation. À l’échelle mondiale, plus d’un tiers des femmes qui travaillent le font dans les systèmes agroalimentaires, une proportion qui grimpe jusqu’à 66 % en Afrique subsaharienne et 71 % en Asie du Sud (Source FAO). En France, elles représentent près d’un tiers des chef·fes d’exploitation et plus de 30 % des candidat·es à l’installation.

    Pourtant, ici comme ailleurs, un même constat s’impose : leur travail reste sous-reconnu, sous-protégé et, surtout, sous-rémunéré. Elles occupent le plus souvent les positions les plus précaires et perçoivent un revenu largement inférieur à celui de leurs homologues masculins.

    Ce déséquilibre n’est pas une fatalité. C’est précisément là que le commerce équitable joue un rôle de levier : sa promesse est de mieux rémunérer les agriculteurs et les agricultrices, de faire connaître et reconnaître leur travail, de garantir un statut protecteur, un accès équitable au foncier, aux financements et aux espaces de décision. L’égalité femmes-hommes n’est pas une option : c’est à la fois une question de justice et une formidable opportunité pour réinventer nos modèles agricoles, en France comme à l’international.

     

    Le poids invisible du travail des femmes : l’exemple du cacao et des fruits

    Un diagnostic réalisé par le cabinet Empower pour le programme Équité illustre crûment le problème. Dans les filières cacao et fruits d’Afrique de l’Ouest, 90 % des femmes interrogées passent entre 5 et 8 heures par jour dans les parcelles mais seulement 50 % d’entre elles en tirent un revenu.

    Autrement dit, la moitié de celles qui travaillent la terre ne perçoivent rien pour ce travail. Ce diagnostic invite les acteur·rices de filières et leurs partenaires commerciaux à se saisir pleinement du potentiel d’action du commerce équitable, et propose un panel d’actions concrètes pour mieux reconnaître et valoriser le travail des femmes. Il constitue une base de compréhension des enjeux de genre et d’inclusion sociale sur laquelle bâtir des plans d’action adaptés.

     

    Donner aux productrices les moyens de décider

    Reconnaître le travail des femmes ne suffit pas, encore faut-il leur donner voix au chapitre. C’est le sens des actions engagées par Commerce Équitable France et ses partenaires en Afrique de l’Ouest.

    Le programme Équité s’est doté d’un Plan d’Action Genre et Inclusion Sociale (PAGIS), qui analyse l’ensemble des activités du programme pour y intégrer systématiquement une dimension genre et inclusion sociale, et qui attribue des moyens à des activités spécifiques. au premier rang desquelles l’école du leadership des femmes qui rejoint l’initiative portée par Fairtrade Africa, dont la deuxième phase forme des ambassadeur·rices au sein des coopératives de commerce équitable pour diffuser le leadership féminin et renforcer l’intégration et la participation des femmes.

    L’attention au genre irrigue aussi la sélection des projets : parmi les 19 coopératives pilotes retenues en 2026, l’intégration des femmes et des jeunes figure explicitement parmi les thèmes prioritaires. Et lors du séminaire annuel interplateformes de mars 2026, la plateforme de commerce équitable du Togo a partagé ses travaux sur la notion de masculinité positive, envisagée comme un levier pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles dont sont victimes les femmes membres de coopératives.

    Cette approche n’est pas nouvelle : depuis 2016, Commerce Équitable France a structuré une démarche progressive et collective sur l’approche genre, un parcours pionnier mis à l’honneur dans un épisode du podcast Parcours de changement du F3E.

     

    Le même combat dans les campagnes françaises

    Dans un contexte où la moitié des agriculteur·rices partira à la retraite d’ici 2030, rendre les métiers agricoles désirables, vivables et accessibles aux jeunes femmes comme aux jeunes hommes devient un enjeu de taille, et l’égalité professionnelle en est une condition.

    Lors des cinquièmes Assises Nationales du Commerce Équitable (17 mars 2026, plus de 230 participant·es), un atelier a réuni Clotilde Bato (SOL), Christelle Garnier (Biocoop Germinal), Guillaume Fichepoil (lycée agricole du Valentin) et Félix Apelba (Fair Trade Ghana Network) autour du renouvellement des générations agricoles. Tous ont mis en évidence le rôle du commerce équitable comme levier d’amélioration des conditions économiques et d’exercice du métier, et comme vecteur de réduction des inégalités de genre.

     

    Avec le soutien de la Fondation RAJA, le collectif s’est associé en 2026 à l’École d’Ingénieurs de Purpan et à AgroParisTech pour mener une recherche-action inédite au cœur des filières françaises de commerce équitable. Nourrie d’entretiens qualitatifs auprès d’agriculteurs, d’agricultrices et de responsables de groupements, cette enquête explore la valeur ajoutée des outils du commerce équitable pour faire bouger les lignes de l’égalité professionnelle. Elle mettra en lumière les freins et les leviers, et débouchera sur une boîte à outils pour les acteurs des filières ainsi que sur une formation dédiée délivrée par le collectif.

     

    Cette dynamique s’appuie sur une communauté engagée : la Commission égalité femmes-hommes, espace d’entraide entre pairs qui partage outils, expériences et bonnes pratiques pour faire grandir la culture de l’égalité au sein des organisations. Le comité national de concertation, de son côté, pilote la recherche sur l’égalité femmes-hommes et réfléchit aux voies d’amélioration du secteur.

     

    L’égalité, un chantier d’avenir

    Que l’on parle des parcelles de cacao ivoiriennes ou des fermes françaises, le fil rouge est le même : reconnaître le travail des femmes, garantir leur juste rémunération, sécuriser leur statut et leur ouvrir les espaces de décision. Ce n’est pas un hasard si, parmi les dix chantiers prioritaires issus des Assises pour un « Nouveau Pacte Alimentaire », figure explicitement l’objectif de favoriser l’intégration des jeunes et des femmes dans les filières équitables et de contribuer à l’attractivité des métiers agricoles.

     

    L’égalité femmes-hommes n’est pas une option : c’est la base d’une économie juste, et une formidable opportunité pour réinventer nos modèles agricoles, en France comme ailleurs. Le commerce équitable en fait l’un de ses combats.

     

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