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    L’expansion de l’orpaillage illégal en Afrique de l’Ouest

    Dans les bassins cacaoyers d’Afrique de l’Ouest, des plantations disparaissent au profit de chantiers aurifères clandestins. Commerce Équitable France publie une note pour analyser ce risque encore trop peu identifié ou présent dans les stratégies d’approvisionnement.

     

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    Pourquoi Commerce Équitable France s’empare de ce sujet

    L’orpaillage illégal détruit l’outil de travail des producteur·rices avec lesquels les filières équitables sont construites. Il prospère aussi sur une faille que le commerce équitable cherche à combler depuis des décennies : un revenu cacaoyer trop faible et trop instable. Enfin, il ajoute un risque que les entreprises européennes ne peuvent plus ignorer lorsqu’elles achètent du cacao ouest-africain.

    Notre travail sur ce sujet prolonge celui que nous menons avec AVSF dans le cadre du programme Équité, notamment notre étude en cours sur les pratiques commerciales de la filière cacao. Lire l’orpaillage à travers la chaîne de valeur permet de poser la question suivante : que peuvent faire les acteurs du chocolat, à leur niveau, face à un phénomène qui semble hors de leur portée ?

     

    Le galamsey, de quoi parle-t-on ?

    Au Ghana, on appelle galamsey l’orpaillage artisanal et à petite échelle pratiqué hors de tout cadre légal. Il échappe aux contrôles sanitaires, environnementaux et fiscaux des États, et il pèse lourd : en 2021, près d’un million de personnes travaillaient directement dans l’extraction artisanale au Ghana et 4,5 millions vivaient d’activités connexes.

    En 2024, ce secteur représentait 40 % de la production d’or du pays.

    Une grande partie de cet or disparaît des radars. L’ONG SWISSAID a relevé un écart de 229 tonnes sur cinq ans entre les exportations déclarées par le Ghana et les importations enregistrées par ses partenaires, soit 11,4 milliards de dollars.

    Le problème ne s’arrête pas au Ghana. En Côte d’Ivoire, les chantiers clandestins se multiplient dans les zones agricoles depuis le début des années 2020, avec une pression directe sur les terres cacaoyères.

     

    Ce que l’orpaillage fait aux cacaoyères

    Le COCOBOD, régulateur ghanéen du cacao, fait état de 190 000 hectares de plantations détruits ou dégradés. Les dégâts vont plus loin que la perte d’une récolte : les arbres sont abattus et la couche arable décapée. Une fois le chantier abandonné, la terre ne peut pas redevenir agricole sans lourdes opérations de dépollution et de réhabilitation.

    Sur le terrain, une enquête menée dans les districts d’Obuasi, de Juaboso et d’Amansie West (Owusu et al., 2025) mesure les conséquences : environ deux producteur·rices interrogé·es sur trois constatent une baisse de rendement et déclarent une perte nette de revenus.

     

    S’y ajoutent la contamination des sols et des cours d’eau par le mercure, les risques pour la santé des communautés riveraines, les conflits fonciers, l’insécurité et le travail forcé. La question peut aussi rejoindre directement celle de la qualité du produit : en février 2025, le directeur général du COCOBOD a indiqué que l’Union européenne et le Japon allaient contrôler la présence de métaux lourds dans les fèves ghanéennes.

     

    Une concurrence économique déséquilibrée

    C’est le point central de notre analyse : l’orpaillage progresse d’abord parce que le cacao ne protège plus et ne rémunère pas assez celles et ceux qui le cultivent.

     

    L’or procure des liquidités immédiates, quand un cacaoyer exige des années de soins et un revenu rythmé par les campagnes.

    La situation est d’autant plus tendue que les prix garantis ont reculé. En Côte d’Ivoire, le prix bord champ est passé de 2 800 à 1 200 FCFA le kilo entre les campagnes principales 2025-2026 et 2026-2027. Au Ghana, le prix fixé pour 2026-2027 reste inférieur à celui de l’ouverture de la campagne précédente.

     

    Le faible revenu a aussi des effets en cascade. Faute de pouvoir bien rémunérer leurs ouvrier·es, certain·es producteur·rices les voient partir vers les sites miniers voisins. Sans accès au crédit ni financement de la transition agroécologique, les jeunes se détournent du cacao. Quant aux réseaux, ils font le reste : acheteurs informels, corruption, frontières poreuses et chantiers isolés garantissent à l’or clandestin des débouchés rapides.

     

    Comment l’orpaillage illégal s’empare-t-il des terres cacaoyères ?

    Parler d’attractivité de l’or ne revient pas à faire porter la responsabilité aux producteur·rices. Deux situations coexistent :

    • La spoliation. Des orpailleurs s’introduisent sur des parcelles, abattent les arbres et s’emparent de la terre, parfois sous la menace. Les familles concernées perdent leur revenu et leur capital. Elles ont besoin de protection foncière, d’une assistance juridique et d’une action de l’État.
    • L’arbitrage sous contrainte. Lorsque le cacao ne fait plus vivre, céder ou quitter sa parcelle peut devenir une solution de survie. Le COCOBOD lui-même appelle les producteur·rices à ne pas céder leurs plantations aux orpailleurs. Ici, la répression ne suffira pas : tant que le cacao ne garantit pas un revenu digne, la pression demeurera.

     

    Pourquoi les chocolatiers européens sont directement concernés

    1. Un risque pour les approvisionnements : le Ghana compte parmi les tout premiers producteurs mondiaux de cacao. Chaque bassin perdu fragilise un peu plus la sécurité des approvisionnements, déjà éprouvée par le climat, les maladies et le vieillissement des vergers.
    2. Une complication face au RDUE : le règlement européen contre la déforestation doit s’appliquer à partir du 30 décembre 2026 pour les grandes et moyennes entreprises. Dans les zones touchées, la dégradation des cacaoyères et l’incertitude sur la légalité des parcelles peuvent compliquer la mise en conformité. Le cacao doit prouver sa conformité, tandis que l’or, non soumis au règlement, peut apparaître comme une alternative plus simple et plus rémunératrice. Une exigence environnementale dont le coût pèserait sur les seuls producteur·rices pourrait ainsi nourrir, malgré elle, l’activité qu’elle ne couvre pas.
    3. Une question de vigilance : en France, la loi de 2017 impose déjà aux plus grands groupes d’identifier et de prévenir les atteintes graves aux droits humains et à l’environnement liées à leurs activités. Au niveau européen, la directive CS3D, révisée en 2026, s’appliquera à compter du 26 juillet 2029 aux entreprises de plus de 5 000 salarié·es réalisant plus de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires.

     

    Quelle que soit l’échéance juridique, ignorer l’orpaillage dans une cartographie des risques reviendrait à laisser un angle mort dans sa connaissance de la filière.

     

    Sur le terrain, les coopératives agissent déjà

    Le Fair Trade Ghana Network (FTGN), qui réunit les coopératives certifiées équitables du Ghana, montre que l’organisation collective change le rapport de force. Grâce à leur gouvernance locale, les coopératives repèrent rapidement les intrusions, constituent des preuves et saisissent les autorités. Le réseau a documenté au moins huit cas où cette action a permis d’expulser des orpailleurs et d’obtenir des compensations pour les agriculteur·rices touché·es.

     

    Le FTGN porte aussi quatre propositions auprès des autorités ghanéennes :

    • améliorer les conditions économiques des cacaoculteur·rices et soutenir leurs organisations ;
    • créer des zones agricoles protégées, avec des comités communautaires de surveillance foncière ;
    • déployer des dispositifs d’alerte et d’assistance, notamment des lignes d’urgence et une aide juridique gratuite ;
    • financer l’entrepreneuriat vert des jeunes (apiculture, compostage, pépinières) pour offrir une alternative à l’orpaillage.

    Ces résultats ne remplacent pas l’action publique. Ils montrent cependant que des coopératives fortes constituent une première ligne de défense, et qu’il est utile de les soutenir.

     

    Cinq leviers pour les entreprises de la filière

    Les entreprises européennes ne mettront pas fin seules à l’orpaillage illégal. Elles disposent toutefois de leviers concrets, que notre note détaille :

    1. Le prix et la rémunération : garantir un prix d’achat plus élevé et stable, couvrant l’ensemble des coûts de production. C’est le levier de fond : redonner au cacao son attractivité.
    2. Le devoir de vigilance : intégrer l’orpaillage clandestin aux cartographies de risques et aux plans de vigilance, en consultant directement les coopératives affectées.
    3. La traçabilité et l’imagerie satellitaire : mobiliser les données de géolocalisation exigées par le RDUE pour détecter tôt les intrusions et suivre l’évolution du couvert végétal. Une contrainte de conformité peut ainsi devenir un outil de protection des parcelles.
    4. Le soutien direct aux coopératives : financer les cellules d’alerte foncière, l’accès au conseil juridique et la restauration des sols contaminés.
    5. La mobilisation sectorielle : soutenir les espaces de concertation, comme l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana, pour une régulation coordonnée entre secteurs minier et agricole.

     

    Protéger le cacao, c’est d’abord rémunérer celles et ceux qui le cultivent

    L’orpaillage illégal agit comme un révélateur. Il montre ce qu’il advient quand un métier agricole ne permet plus de vivre et de se projeter. Répression et contrôles sont indispensables, mais ils ne traiteront pas seuls cette cause profonde.

    C’est le sens de notre engagement : prix rémunérateurs, contrats dans la durée, organisations de producteur·rices renforcées. Ces pratiques ne suffiront pas à arrêter l’orpaillage, mais elles font partie de la réponse. Pour que le cacao reste une activité d’avenir, il doit d’abord redevenir un choix viable.

     

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    Vous êtes une entreprise de la filière cacao-chocolat et souhaitez intégrer ce risque à votre stratégie ? Contactez-nous.

     


    Questions fréquentes

    Qu’est-ce que le galamsey ? C’est le nom donné au Ghana à l’orpaillage artisanal et à petite échelle pratiqué illégalement, hors des contrôles sanitaires, environnementaux et fiscaux de l’État.

    Pourquoi l’orpaillage illégal menace-t-il le cacao ? Il détruit des plantations et pollue durablement les sols et l’eau. Il attire aussi la main-d’œuvre et les jeunes, car il offre des revenus immédiats face à un cacao souvent mal rémunéré.

    Le RDUE s’applique-t-il à l’or ? Non. Le règlement couvre notamment le cacao, mais l’exploitation aurifère n’y est pas soumise en tant que telle.

    Que peuvent faire les chocolatiers ? Payer un prix stable couvrant les coûts de production, intégrer ce risque à leur plan de vigilance, utiliser les données de géolocalisation pour détecter les intrusions, soutenir les coopératives et contribuer à une régulation coordonnée.

     

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